Editorial du 4 mai 2020

Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes !

Le déconfinement se fera-t-il le 11 mai ? Les écoles rouvriront-elles ? Retrouverons-nous notre liberté de mouvement ? À une semaine de l’échéance, le gouvernement est incapable de l’assurer. On se demande d’ailleurs bien ce qu’il est capable de faire !

Les hôpitaux et la chaîne de soins ont fait face à la première vague de l’épidémie grâce à la conscience professionnelle et au dévouement des personnels. Mais pour ce qui dépend de l’État, on ne voit qu’incurie, mensonges et improvisation.

La semaine dernière, le gouvernement a même réussi l’exploit de publier une carte du déconfinement truffée d’erreurs, alors qu’il ne s’agissait que d’établir l’état des lieux département par département !

Il y a une semaine, le mot d’ordre était « dépister, tracer et isoler ». Les autorités sanitaires en sont toujours incapables. Le ministre de la Santé visait 700 000 tests par semaine à partir du 11 mai. Où en sommes-nous ? À 150 000 ? 250 000 ? Impossible de le savoir car les tests effectués sur le terrain ne sont pas centralisés et comptabilisés.

Quant à la gestion des masques, elle est révoltante. Pour nier la pénurie, le gouvernement a d’abord menti sur leur utilité. Et les voilà devenus obligatoires dans les transports en commun. Obligatoires et… payants ! Encore une fois, pour la population, ce sera : « Débrouillez-vous ! »

Irresponsabilité vis-à-vis de la société et mépris pour les plus pauvres, voilà comment le gouvernement gère cette crise. Et on peut en dire autant de la bourgeoisie et de ceux qui dirigent les grands groupes industriels et financiers. Et pour eux, il ne s’agit ni d’incompétence ni d’impuissance techniques. On le voit avec les enseignes de la grande distribution qui vendent maintenant des masques chirurgicaux.

Après avoir lancé leurs commandes il y a une douzaine de jours, elles annoncent déjà disposer de 400 millions de masques. Dans la guerre des masques, elles battent l’État à plate couture !

Mais quand ces masques étaient une question de vie et de mort pour les soignants et les salariés envoyés au front, alors que des centaines de milliers de femmes et d’hommes s’organisaient pour en fabriquer avec leurs moyens artisanaux, ces enseignes n’ont pas bougé le petit doigt. Elles se réveillent maintenant, pour en tirer profit !

Ce drame sanitaire montre la faillite des classes dirigeantes. Il faut donc être conscient que notre vie et l’avenir de la société dépendent de nous-mêmes, de notre monde, celui des travailleurs.

L’épidémie de coronavirus nous plonge dans une situation inconnue sur les plans sanitaire et économique. Mais une chose ne change pas : le grand patronat raisonne et agit pour les actionnaires, pour les intérêts d’une mince couche de privilégiés qui s’enrichit sur notre dos. Et toute la politique du gouvernement consiste à le soutenir. Alors, la première des choses est de ne pas faire confiance à tous ces dirigeants.

Même dans les entreprises où de beaux protocoles sanitaires existent, il revient aux salariés eux-mêmes, à partir de la réalité de leurs postes de travail, des cadences et des pressions à la productivité, d’imposer les conditions de sécurité qu’ils jugent nécessaires. Même les consignes édictées par le gouvernement ne seront appliquées que si les travailleurs les font respecter. Nous travaillons pour gagner notre vie, pas pour la perdre, alors il faut imposer le contrôle ouvrier sur nos conditions de travail !

Derrière la lutte contre le coronavirus, la lutte de classe continue : vol de congés payés et de RTT, renvoi d’intérimaires et de sous-traitants. Et ce n’est là que le début, cette lutte va s’exacerber au fur et à mesure que la crise économique s’aggravera.

Les grands groupes qui vont toucher des millions, voire des milliards de la part de l’État au nom de la sauvegarde des emplois, vont en supprimer des milliers. Airbus, Air France, Safran ou la SNCF ne le cachent pas. Mais combien d’autres sont en préparation ?

Il faut être conscient de ce qui nous attend pour y faire face. Car les travailleurs aussi peuvent écrire l’histoire. Dans cette crise sanitaire, ils ont fait preuve d’initiatives, de dévouement et d’esprit collectif. La bourgeoisie et son gouvernement ont fait la démonstration inverse.

 

Sauver des vies, non les profits du CAC40 !

Le gouvernement se veut rassurant et préparerait même le déconfinement. Comme s’il contrôlait la situation ! Mais que gère-t-il ? Les masques ? Il les promet depuis des semaines et ils sont toujours rationnés, même pour les hôpitaux. Il y a quelques jours, il expliquait qu’il était inutile de les généraliser, il conseille maintenant à chacun d’en porter, voire d’en fabriquer !  

Et qu’a-t-il fait pour les Ehpad ? Rien, si ce n’est de leur recommander de fonctionner en camp retranché. À eux, donc, de soigner les malades, même si le personnel n’a pas la qualification ! À eux de gérer la fin de vie des pensionnaires qui, faute de lits, ne sont pas admis dans les hôpitaux.   

Les lits en réanimation ont été multipliés grâce à la mobilisation des personnels de santé. Avec les effets du confinement, cela a relâché la pression sur les hôpitaux du Grand Est et de l’Ile-de-France. Mais cela ne fait pas le compte. Combien d’opérations importantes déprogrammées ? Combien de personnes en danger parce qu’elles hésitent à venir à l’hôpital, par peur de surcharger l’activité ou de contracter le virus ?  

Le confinement est indispensable, mais il est lui-même un aveu d’impuissance. Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de moyens pour affronter une épidémie. Depuis la découverte des virus, les connaissances scientifiques et la santé publique ont beaucoup progressé. Grâce aux épidémiologistes, les pouvoirs publics étaient avertis de la menace d’une nouvelle pandémie. Eh bien, même des pays riches comme la France ne s’y sont pas préparés !

Depuis des décennies, les gouvernements qui se succèdent se sont, au contraire, employés à fermer des hôpitaux et des milliers de lits, à réduire et sous-payer le personnel de santé… Même le stockage de masques, qui ne coûtait que 60 millions par an, a été arrêté. À une aide-soignante qui réclamait des moyens, Macron répondait il y a quelques mois : « Il n’y a pas d’argent magique », préférant réserver l’argent public aux grandes fortunes et au CAC40.

Vendredi, le directeur de l’ARS du Grand Est a soulevé un tollé en déclarant maintenir les 174 fermetures de lits au centre hospitalier de Nancy. On découvre ainsi que le gouvernement n’a même pas fait de moratoire sur les fermetures. Et après ça Macron nous dira que rien ne sera jamais plus comme avant !

Il n’y aura pas de changement tant que nous resterons soumis au capitalisme et à la domination de la bourgeoisie qui place ses intérêts au-dessus de tout. Et c’est le cas même en pleine crise sanitaire !

La population laborieuse a déployé des trésors de dévouement et d’initiatives pour apporter des solutions à l’urgence sanitaire. Qu’ont fait les actionnaires, la bourgeoisie, les « premiers de cordée » chers à Macron ?

Qu’il n’y ait toujours pas de plan pour produire masques, blouses et médicaments en quantité est accablant non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour la bourgeoisie. On continue de travailler pour envoyer des fusées dans l’espace, mais on est incapable de coudre un bout de tissu à deux élastiques à l’échelle industrielle !

Nombre de salariés, y compris dans la chimie et la pharmacie, sont mobilisés pour des fabrications non urgentes. Nul doute qu’ils seraient prêts à reconvertir des chaînes de fabrication pour produire au plus vite des réactifs, des respirateurs et des tests. Mais la bourgeoisie, elle, reste, obsédée par la poursuite de ses affaires, sa compétitivité et ses parts de marché. Elle n’entend que l’appel des profits. Et, propriété privée des moyens de production oblige, c’est elle qui décide ! Quant à Macron, il lui est trop soumis pour la contraindre à quoi que ce soit.

La crise actuelle jette une lumière crue sur l’irresponsabilité et l’aveuglement de l’organisation capitaliste. Et loin d’avoir suspendu la lutte des classes, elle l’exacerbe. Cette lutte est même devenue une question de vie ou de mort pour les travailleurs. C’est notamment le cas des salariés forcés d’aller travailler, qui doivent se battre au jour le jour pour obtenir des protections élémentaires. C’est aussi le cas de tous ceux que le grand patronat, à l’instar de Michelin, PSA, Renault, Airbus, Ascoval et leur myriade de sous-traitants…, appellent à se déconfiner pour assurer la production de leurs profits !

Eh bien, les travailleurs n’ont pas à mettre leur vie en danger pour les profits des industriels et la pérennité d’un ordre social aussi criminel ! Ils doivent défendre leur droit à la vie et s’organiser pour contester le pouvoir politique et économique de la bourgeoisie dans le but de renverser le capitalisme.